Les traitements orthodontiques de 3 à 10 ans
Chez l’enfant, certains problèmes orthodontiques peuvent être pris en charge avant l’apparition de toutes les dents définitives. Ces traitements précoces, dits interceptifs, visent à corriger une anomalie au moment le plus favorable de la croissance et du développement de la dentition.
Ils ne sont pas nécessaires chez tous les enfants. Selon la situation, l’orthodontiste peut proposer un traitement immédiat ou une simple surveillance jusqu’au moment le plus approprié.
Entre 3 et 7 ans : les traitements précoces
Avant l’âge de 6 ans environ, l’enfant possède principalement ses dents temporaires. À partir de 6 ans, les premières dents définitives apparaissent et cohabitent avec les dents de lait : cette période est appelée denture mixte.
Les traitements orthodontiques sont rares vers 3 ou 4 ans. Une prise en charge précoce peut toutefois être indiquée en présence d’une anomalie importante susceptible de perturber la croissance, l’occlusion ou les fonctions orales.
Dans quelles situations intervenir précocement ?
Un traitement peut notamment être envisagé en présence :
- d’un décalage important entre les mâchoires ;
- d’une occlusion inversée, lorsque certaines dents inférieures passent devant ou à l’extérieur des dents supérieures ;
- d’une mâchoire supérieure trop étroite ;
- d’une déviation de la mandibule lors de la fermeture ;
- d’une béance, lorsque les incisives supérieures et inférieures ne se touchent pas ;
- d’une éruption anormale des incisives ;
- d’une perte prématurée de dents de lait ;
- d’une habitude de succion persistante ;
- de troubles fonctionnels concernant notamment la respiration, Le sommeil, la mastication, la déglutition ou la position de la langue.
Une mâchoire supérieure étroite peut être associée à une respiration buccale ou à une obstruction nasale, mais ce lien n’est pas systématique. En cas de difficulté respiratoire, un bilan médical ou ORL peut être recommandé parallèlement à la prise en charge orthodontique.
La succion du pouce ou de la tétine
Le besoin de succion est naturel chez le jeune enfant. Lorsqu’il se prolonge, particulièrement s’il est fréquent et intense, il peut influencer la position des incisives, la forme des arcades et l’occlusion.
L’arrêt doit être accompagné de manière progressive et bienveillante. Des conseils personnalisés sont d’abord proposés à l’enfant et à ses parents.
La perte précoce d’une dent de lait
Une dent temporaire peut être perdue ou extraite prématurément à la suite d’une carie importante, d’un abcès ou d’un traumatisme.
Selon la dent concernée, l’âge de l’enfant et le stade d’évolution de la dent définitive, un mainteneur d’espace peut être proposé afin d’éviter que les dents voisines ne se déplacent. Il n’est toutefois pas nécessaire dans tous les cas : la décision est prise après un examen individualisé.
Quels appareils peuvent être utilisés ?
Le choix de l’appareil dépend de l’anomalie à corriger, de l’âge de l’enfant et de sa capacité à coopérer.
L’orthodontiste peut notamment utiliser :
- un appareil fonctionnel amovible, parfois appelé « activateur » ;
- une gouttière de rééducation destinée à accompagner la correction de certaines habitudes ou fonctions orales et améliorer les formes et rapports d’arcades ;
- un appareil fixe d’expansion de la mâchoire supérieure ;
- un mainteneur d’espace ;
- un appareillage fixe limité à quelques dents.
Dans certaines situations, des attaches sont placées sur les incisives et les premières molaires définitives pendant quelques mois afin de corriger leur position ou leur axe d’éruption.
Une rééducation des fonctions (respiration, posture de la langue, déglutition, mastication) est nécessaire pour permettre la correction orthodontique et la stabilité de ses résultats.
Entre 8 et 11 ans : agir pendant la denture mixte
Entre 8 et 11 ans, les dents temporaires sont progressivement remplacées par les dents définitives et la croissance des mâchoires se poursuit.
À cette période, l’orthodontiste peut intervenir pour limiter l’aggravation d’un problème, guider l’éruption de certaines dents ou améliorer les relations entre les arcades.
Les principales anomalies rencontrées sont :
- un manque de place ou un chevauchement dentaire ;
- une mâchoire supérieure trop étroite ;
- une dent définitive dont l’éruption est gênée ou déviée ;
- un décalage entre les mâchoires ;
- une occlusion inversée ;
- une béance ;
- une supraclusion, lorsque les incisives supérieures recouvrent excessivement les incisives inférieures.
Les décalages entre les mâchoires
Les anomalies peuvent se présenter dans les trois dimensions de l’espace.
Le sens antéropostérieur
La mâchoire supérieure et la mandibule peuvent être décalées l’une par rapport à l’autre. Selon l’origine du problème et le stade de croissance, un appareil fonctionnel ou un autre dispositif peut être proposé pour améliorer leurs relations.
Il n’est toutefois pas toujours possible de « freiner » ou de « stimuler » directement la croissance d’une mâchoire. Les effets attendus dépendent du type d’anomalie, du potentiel de croissance et de la coopération de l’enfant.
Le sens transversal
Lorsque la mâchoire supérieure est trop étroite, les dents supérieures peuvent s’emboîter à l’intérieur des dents inférieures. Un appareil d’expansion peut alors élargir l’arcade supérieure et améliorer l’occlusion.
Une correction interceptiVE est particulièrement utile lorsqu’il existe une déviation fonctionnelle de la mandibule.
Le sens vertical
Une béance correspond à une absence de contact entre certaines dents supérieures et inférieures, le plus souvent au niveau des incisives. Elle peut être associée à une habitude de succion, à une position particulière de la langue, à un trouble fonctionnel ou à un schéma de croissance spécifique.
Le traitement dépend de la cause identifiée.
Un traitement précoce évite-t-il toujours une seconde phase ?
Non. Un traitement interceptif peut corriger une anomalie ciblée, réduire sa gravité et souvent simplifier la prise en charge ultérieure. Il ne garantit cependant pas l’absence d’un second traitement lorsque toutes les dents définitives seront présentes.
De même, il peut parfois réduire le risque d’extractions de dents définitives, mais ne permet pas de les éviter dans toutes les situations.
Nos conseils
- Un premier bilan orthodontique permet de repérer précocement les anomalies qui nécessitent une intervention et celles qui doivent simplement être surveillées.
- Tous les enfants n’ont pas besoin d’un traitement orthodontique précoce. L’objectif est d’intervenir uniquement lorsque le moment de la croissance ou de l’éruption dentaire offre un réel bénéfice.
- Le moment idéal du traitement dépend davantage du type d’anomalie et du stade de développement dentaire que de l’âge civil de l’enfant.
- Lorsqu’il est indiqué et réalisé au moment opportun, un traitement avant l’adolescence peut guider l’évolution des dents et accompagner la croissance des mâchoires. Il peut souvent simplifier le traitement ultérieur et réduire le risque d’extraction de dents définitives, sans toutefois l’éviter dans toutes les situations.
- Les nombreuses solutions orthodontiques disponibles permettent de proposer à chaque enfant une prise en charge personnalisée, adaptée à son âge, à sa croissance et à la nature de son problème.
